Inventaire forestier national 2026 : ce que révèle le mémento de l'IGN

La forêt française n'a jamais été aussi étendue, mais elle grossit deux fois moins vite qu'il y a dix ans. Surface, volume, mortalité, récolte, carbone : les chiffres clés du mémento 2026 de l'IGN.

Forêt feuillue de Compiègne avec un tronc mort au sol, illustration de l'inventaire forestier national 2026

La forêt française n'a jamais été aussi grande depuis deux siècles, et elle n'a jamais aussi peu grossi depuis que l'IGN la mesure en continu. Les deux affirmations sont vraies en même temps, et c'est tout l'intérêt du Mémento de l'inventaire forestier national 2026, publié par l'IGN : il montre une forêt qui gagne du terrain et accumule du bois, mais dont le moteur ralentit nettement.

En une phrase : selon l'inventaire forestier national 2026, la forêt couvre 17,7 millions d'hectares en France hexagonale et en Corse (32 % du territoire) et porte 2,9 milliards de m³ de bois vivant, mais le solde annuel entre la croissance des arbres, la mortalité et les récoltes a été divisé par deux en dix ans, à +20 millions de m³ par an.

Voici ce que contiennent les 72 pages du mémento, ce qui a changé et ce qu'un propriétaire forestier peut en tirer pour ses propres parcelles.

Inventaire forestier national 2026 : les chiffres clés

Les chiffres de stock sont des moyennes sur 2021-2025. Les flux (production, récolte, mortalité) portent sur 2016-2024 et sont comparés à 2005-2013, la période de référence utilisée par l'IGN.

IndicateurValeur 2026Point de comparaison
Surface forestière (Hexagone et Corse)17,7 millions d'ha (32 %)9,9 Mha en 1908, 14,1 Mha en 1985
Forêt des départements d'outre-mer8,2 millions d'haUn tiers de la forêt française
Part de forêt privée75 % (13,3 Mha)dont 3,2 Mha sous Plan simple de gestion
Volume de bois vivant sur pied2,9 milliards de m³1,8 milliard en 1985 (+60 %)
Volume moyen à l'hectare174 m³/ha137 m³/ha en 1985
Nombre d'arbres de plus de 7,5 cm11,5 milliardssoit 687 tiges/ha en moyenne
Production biologique brute88,7 Mm³/an (5,3 m³/ha/an)5,8 m³/ha/an en 2005-2013
Mortalité18,1 Mm³/an7,4 Mm³/an en 2005-2013
Prélèvements de bois50,6 Mm³/an47,2 Mm³/an en 2005-2013
Bilan des flux de bois+20,0 Mm³/an+41,7 Mm³/an en 2005-2013 (−52 %)
Arbres au houppier altéré9 %Frêne 25 %, châtaignier 22 %
Carbone séquestré par la forêt+39 Mt de CO₂/an+63 Mt de CO₂/an en 2005-2013

Source : IGN, Mémento de l'inventaire forestier national, édition 2026. Mm³ = millions de m³.

Qu'est-ce que l'inventaire forestier national ?

L'inventaire forestier national est l'enquête statistique de l'IGN qui décrit toutes les forêts françaises, publiques et privées. Créé en 1958, il fonctionne depuis 2005 « en continu » : chaque année, des équipes de terrain visitent un nouvel échantillon de placettes réparti sur tout le territoire, et les résultats publiés agrègent les cinq dernières campagnes. L'édition 2026 mobilise près de 60 000 placettes inventoriées entre 2021 et 2025, dont 12 000 visitées en 2025.

Ce n'est pas un recensement arbre par arbre. Les techniciens mesurent un échantillon, puis l'IGN extrapole avec une marge d'incertitude publiée pour chaque chiffre : la surface forestière nationale est connue à environ 100 000 hectares près, la récolte annuelle à 2,8 millions de m³ près. Depuis 2017, l'enquête porte le label de statistique publique du Cnis, au même titre que celles de l'Insee.

Trois conventions sont indispensables pour lire les chiffres correctement :

  • Une forêt, au sens de l'IGN, fait au moins 50 ares. Elle doit compter des arbres capables de dépasser 5 mètres de haut, un couvert boisé d'au moins 10 % et une largeur moyenne d'au moins 20 mètres. Une haie, un bosquet de 30 ares ou un verger n'en sont pas, et les terrains boisés à usage agricole ou urbain non plus.
  • Seuls les arbres « recensables » comptent dans les volumes. Il s'agit des arbres d'au moins 7,5 cm de diamètre à 1,30 m du sol (23,5 cm de circonférence). Les jeunes semis et les perches sont suivis à part, dans le volet régénération.
  • Le volume est un volume « bois fort tige ». Il mesure la tige principale, du sol jusqu'à une découpe de 7 cm de diamètre, branches exclues. Ce n'est ni le volume de grume qu'un acheteur vous paiera, ni le volume total utile pour un bilan carbone.

La forêt française continue de s'étendre

La forêt couvre 17,7 millions d'hectares en France hexagonale et en Corse, soit 32 % du territoire. C'est le deuxième usage du sol après l'agriculture. En 1908, elle ne couvrait que 9,9 millions d'hectares (19 % du territoire). L'exode rural, puis le Fonds forestier national, qui a boisé ou reboisé 2 millions d'hectares entre 1947 et 1999, expliquent l'essentiel de cette expansion.

Le mouvement n'a pas ralenti : depuis 2010, la surface forestière progresse d'environ 100 000 hectares par an, soit 1,5 million d'hectares en quinze ans. Sur l'ensemble de la période 1985-2025, elle a gagné 3,5 millions d'hectares, plus que la superficie de la région Pays de la Loire, notamment en Bretagne et en zone méditerranéenne.

Les écarts entre départements restent considérables. Quatre départements restent sous 10 % de boisement (Manche, Vendée, Mayenne, Deux-Sèvres), contre dix-huit en 1908. Sept dépassent 60 %, à commencer par la Corse-du-Sud, les Alpes-Maritimes et le Var. Par région, le taux va de 13 % en Pays de la Loire à 68 % en Corse.

L'immense majorité de cette forêt, 16,8 millions d'hectares (95 %), est classée « forêt de production », c'est-à-dire sans obstacle physique ni réglementaire à une récolte éventuelle. Tous les chiffres de volume, de croissance et de récolte qui suivent portent sur ce périmètre.

Et l'outre-mer ?

Les cinq départements d'outre-mer comptent 8,2 millions d'hectares de forêt, un tiers de la forêt française, dont 7,98 millions en Guyane (96 % de boisement). Un hectare de forêt guyanaise peut abriter environ 210 espèces d'arbres. Ces forêts n'ont pas encore d'inventaire permanent : l'IGN et l'ONF ont lancé fin 2024 des protocoles adaptés, avec de premières mesures en Guyane et à La Réunion et une mise en place opérationnelle en Guyane en 2026.

À qui appartient la forêt française ?

Les trois quarts de la forêt sont privés, soit 13,3 millions d'hectares. La forêt publique se partage entre forêts domaniales (1,6 Mha) et autres forêts publiques, essentiellement communales (2,8 Mha).

Catégorie de propriétéPart de la surface
Forêt privée sans Plan simple de gestion57 %
Forêt privée avec Plan simple de gestion18 %
Forêt publique hors domaniale (communes surtout)16 %
Forêt domaniale (État)9 %

La forêt privée dépasse 90 % en Bretagne, en Pays de la Loire et en Nouvelle-Aquitaine. Le Grand Est est la seule région où elle est minoritaire (45 %).

Le chiffre le plus parlant pour un propriétaire est celui des 57 % de forêt privée sans document de gestion. C'est là que se trouvent l'essentiel des chênes pubescents (87 % de leur volume), des châtaigniers (environ trois quarts), des frênes (78 %) et la majorité des chênes pédonculés (63 %). Autrement dit, les essences les plus touchées par les crises sanitaires actuelles poussent majoritairement dans des forêts qui n'ont pas de plan simple de gestion. Ces forêts sont aussi les plus diversifiées : 5,4 espèces d'arbres par placette en moyenne, contre 4,9 en forêt publique et 4,5 en forêt privée dotée d'un PSG.

2,9 milliards de m³ de bois : un stock qui grossit encore

Le volume de bois vivant sur pied atteint 2 916 millions de m³. Il était de 1 830 millions de m³ en 1985 : près de 60 % de hausse en quarante ans, et +270 millions de m³ sur les dix dernières années.

Cette capitalisation n'est pas seulement due à l'extension des surfaces. Le volume moyen est passé de 137 à 174 m³ par hectare entre 1985 et 2025, alors que le nombre de tiges à l'hectare a légèrement baissé. Les arbres sont donc plus gros : le volume moyen d'un arbre est passé de 0,19 à 0,25 m³. La forêt française vieillit et se capitalise.

  • Les feuillus portent la hausse. Ils représentent 65 % du volume et ont gagné 70 % en quarante ans (environ +780 millions de m³), contre +43 % pour les conifères (environ +310 millions de m³). La part des résineux est passée de 39 % à 35 % du stock. Les chênes (sessile, pédonculé, pubescent et vert) pèsent à eux seuls 44 % du volume feuillu.
  • La forêt publique est plus capitalisée. Elle porte 204 m³/ha en moyenne, contre 165 m³/ha en forêt privée. Par région, l'écart va de 94 m³/ha en Provence-Alpes-Côte d'Azur à 217 m³/ha en Auvergne-Rhône-Alpes.
  • Un seul département a perdu du bois en quarante ans : les Landes (−23 %), conséquence des tempêtes de 1999 et 2009. Son volume remonte depuis. À l'inverse, le stock a plus que doublé dans le sud du Massif central et dans le Massif armoricain.
Carte IGN de l'évolution du volume de bois vivant par département entre 1985 et 2025, inventaire forestier national 2026
Évolution du volume de bois vivant par département entre 1985 et 2025. Le stock a plus que doublé dans l'Ouest et au sud du Massif central ; seul le département des Landes est en baisse. © IGN 2026

Mais la courbe s'infléchit. Chez les conifères, seuls les volumes des arbres de 40 cm de diamètre et plus progressent encore sur dix ans ; les petites classes stagnent. Le frêne est le seul feuillu dont le volume a significativement diminué en dix ans, et l'épicéa commun et le sapin pectiné ne représentent plus que 39 % du volume résineux, contre 43 % dix ans plus tôt.

Le bilan des flux de bois divisé par deux en dix ans

C'est le résultat central de l'édition 2026. Le stock de bois évolue sous l'effet de trois flux : la croissance des arbres (production biologique), d'une part, la mortalité et les récoltes, d'autre part. Leur solde, le bilan des flux, dit si la forêt accumule ou perd du bois.

Flux annuel (Mm³/an)2005-20132016-2024Évolution
Production biologique brute91,588,7en baisse
Mortalité7,418,1× 2,4
Prélèvements (récolte)47,250,6+7 %
Bilan des flux+41,7+20,0−52 %

Valeurs telles que publiées par l'IGN. Les prélèvements 2005-2013 incluent les arbres renversés par la tempête Klaus de 2009, et les bilans sont estimés directement : les colonnes ne se soustraient donc pas exactement.

Les trois flux vont dans le mauvais sens en même temps. La croissance ralentit : la production moyenne est tombée de 5,8 à 5,3 m³/ha/an (−8 %), alors même que la forêt est plus étendue. La mortalité a été multipliée par 2,4. La récolte augmente un peu, en partie à cause des coupes sanitaires. Le bilan reste positif, la forêt continue donc de stocker du bois, mais deux fois moins vite qu'il y a dix ans, à +1,0 m³/ha/an en moyenne.

Ce chiffre national cache des trajectoires opposées. Deux régions sont à l'équilibre ou en négatif : la Bourgogne-Franche-Comté (−2,2 Mm³/an) et le Grand Est (−0,2 Mm³/an). Les forêts du Jura, des Vosges, de l'Ardenne et de plusieurs plateaux du Nord-Est perdent du bois chaque année. À l'autre bout, la Nouvelle-Aquitaine accumule +7,0 Mm³/an et l'Occitanie +4,6 Mm³/an.

Carte IGN du bilan des flux de bois par sylvoécorégion sur 2016-2024 : le Nord-Est et le Jura en négatif, les Landes et l'Ouest en forte hausse
Bilan des flux de bois par sylvoécorégion, 2016-2024. En brun, les régions forestières où le stock de bois diminue : massif jurassien, Vosges, Ardenne, plateaux du Nord-Est. © IGN 2026

Mortalité des arbres : 18 millions de m³ par an

La mortalité atteint 18,1 millions de m³ par an sur 2016-2024 (±0,7), soit 1,1 m³/ha/an et 0,6 % du stock sur pied chaque année. Elle était de 7,4 millions de m³ sur 2005-2013. En cause, des sécheresses et des températures élevées qui affaiblissent les arbres et favorisent les insectes, scolytes en tête. Nous avions détaillé la hausse région forestière par région forestière à partir de l'édition précédente (période 2015-2023). L'édition 2026 confirme la tendance avec une année de recul en plus.

Trois essences concentrent le problème :

  • L'épicéa commun est devenu l'essence qui meurt le plus : 2,6 Mm³/an, sous l'effet combiné des sécheresses et des scolytes. Planté en plaine et en moyenne montagne sur des stations qui ne lui conviennent plus, c'est la seule essence résineuse dont le stock diminue (bilan de −6,7 Mm³/an).
  • Le châtaignier a longtemps été en tête de la mortalité (1,8 Mm³/an) alors qu'il ne représente que le neuvième stock de bois. L'encre et le chancre en font l'essence où la part de bois mort est la plus élevée : 19 % de son volume sur pied est mort ou en chablis.
  • Le frêne, ravagé par la chalarose, s'en rapproche (1,7 Mm³/an). Son bilan est négatif (−1,0 Mm³/an). Il y a dix ans, moins de 3 % des frênes avaient au moins un quart de branches mortes ; aujourd'hui, 25 % ont un houppier altéré.

La conséquence est visible en forêt : le bois mort sur pied et les chablis représentent 169 millions de m³, contre 110 millions en 2015 (+53 %), soit 10 m³/ha en moyenne. Le volume d'arbres morts depuis moins de cinq ans a plus que doublé en dix ans. Au sol, le bois mort atteint 317 millions de m³ (19 m³/ha), contre 265 millions en 2015.

9 % des arbres ont un houppier altéré

Depuis 2021, l'IGN note l'état sanitaire des arbres avec le protocole DEPERIS, développé avec le Département de la santé des forêts. Deux critères durables sont combinés : la part de branches mortes dans le haut du houppier et le manque de ramifications (feuillus) ou d'aiguilles (résineux). Chaque arbre reçoit une note de A à F, et un arbre est dit « altéré » à partir de D.

Sur 2021-2025, 197 millions d'arbres sont altérés sur les 2,3 milliards évalués, soit 9 %. L'IGN précise que c'est un minimum : les jeunes arbres ne sont pas notés, les arbres altérés vite abattus apparaissent comme « récoltés » et les arbres morts depuis plus de cinq ans sortent du calcul. Les taux les plus élevés se trouvent dans le Nord-Est. Pour une lecture croisée avec les autres dispositifs de suivi (réseau du DSF, indicateurs de sécheresse), voir notre synthèse sur la santé des forêts françaises.

Prélèvements de bois : l'épicéa devant le pin maritime

La récolte s'élève à 50,6 millions de m³ par an en moyenne sur 2016-2024 : 27,9 Mm³ de conifères et 22,8 Mm³ de feuillus. Les résineux fournissent 55 % du bois coupé alors qu'ils ne représentent que 35 % du stock. Rapportée à la production biologique, la récolte en représente environ 57 % (calcul Sylvie Forêt) : elle reste nettement inférieure à l'accroissement, mais de façon très inégale selon les essences.

La hausse vient presque entièrement des coupes sanitaires d'épicéas : leur récolte est passée de 5,1 à 9,4 Mm³ par an en moins de dix ans. L'épicéa est devenu l'essence la plus récoltée de France (18 % du volume coupé), devant le pin maritime (6,1 Mm³/an). Les chênes sessile et pédonculé ne représentent que 12 % de la récolte (5,8 Mm³/an), alors que leur stock croît de 5,6 Mm³ par an.

Le douglas mérite un mot. C'est l'essence au volume unitaire le plus élevé (0,8 m³ par arbre en moyenne) et 48 % de ses tiges dépassent 47,5 cm de diamètre : selon l'IGN, la ressource plantée dans le Limousin, le Morvan et le Massif central atteint massivement le diamètre de récolte. Pour les propriétaires de douglasaies, c'est un marché à surveiller de près dans les années qui viennent.

Quelles essences progressent, lesquelles reculent ?

Le tableau ci-dessous rassemble, pour les treize essences principales, le stock, la part de bois mort, le bilan annuel et l'état sanitaire. Il suffit à repérer les essences en difficulté.

EssenceVolume vivant (Mm³)Part morte ou chablisBilan des flux (Mm³/an)Arbres altérés
Chêne pédonculé3504 %+2,8> 10 %
Chêne sessile3392 %+2,8> 8 %
Hêtre2993 %+2,0> 6 %
Sapin pectiné2275 %+1,4< 5 %
Épicéa commun1739 %−6,711 %
Pin maritime1653 %+4,14 %
Pin sylvestre1517 %+0,76 %
Douglas1452 %+1,56 %
Châtaignier13219 %+0,322 %
Charme1293 %+1,9n.c.
Chêne pubescent1194 %+1,5> 8 %
Frêne9211 %−1,025 %
Chêne vert343 %+0,5n.c.

Stocks : moyenne 2021-2025. Flux : 2016-2024. n.c. : non communiqué dans le mémento. Source : IGN 2026.

Deux signaux faibles méritent l'attention. Le hêtre, encore largement positif, voit sa part d'arbres ayant au moins 25 % de branches mortes augmenter « de façon exponentielle » en dix ans selon l'IGN. Et le chêne pédonculé, première essence principale du pays (2,3 millions d'hectares), dépasse 10 % d'arbres altérés, d'autant plus que les arbres sont gros.

La forêt stocke encore du carbone, mais beaucoup moins

Les 11,5 milliards d'arbres recensables stockent 1 376 millions de tonnes de carbone, soit 82 tonnes par hectare, contre 73 t en 2009 et 58 t en 1981. En comptant le bois mort, la litière et les 30 premiers centimètres du sol, l'écosystème forestier en contient 2,8 milliards de tonnes, dont 46 % dans le sol.

Le puits de carbone, lui, s'est nettement affaibli. Sur 2016-2024, la forêt a séquestré en moyenne 39 millions de tonnes de CO₂ par an, contre 63 millions sur 2005-2013. Dans les massifs frappés par les scolytes, la forêt est même devenue émettrice : mortalité et coupes sanitaires y dépassent la croissance. L'IGN rappelle que la hausse du bois mort en forêt et la transformation des bois de crise en matériaux retardent le retour de ce carbone dans l'atmosphère.

Zoom 2026 : la forêt et l'eau

Le dossier thématique de cette édition porte sur l'eau. Le résultat le plus utile pour un gestionnaire concerne le réservoir utile du sol, c'est-à-dire la quantité d'eau qu'il peut stocker et restituer aux arbres, mesurée par l'IGN sur un mètre de profondeur. Un réservoir de 50 mm équivaut à 50 litres d'eau par mètre carré de sol sur un mètre de profondeur, et un sol limono-argileux retient près de trois fois plus d'eau qu'un sol sableux.

  • Un bon sol fait pousser deux fois plus de bois. Sur un sol dont le réservoir utile dépasse 110 mm, les forêts produisent en moyenne 6,1 m³/ha/an, contre 2,9 m³/ha/an sous 30 mm.
  • Mais c'est sur les bons sols que la mortalité a le plus augmenté. Elle y a été multipliée par 3 entre les deux dernières décennies, contre 2 sur les sols les plus secs. L'explication avancée par l'IGN : les essences installées sur sols profonds sont moins adaptées au manque d'eau et ont moins bien résisté aux sécheresses récentes. Une bonne station ne protège donc plus d'un dépérissement.
  • Les forêts proches de l'eau sont plus riches en espèces. Plus de 2,6 millions d'hectares de forêt se trouvent à moins de 50 m d'un cours d'eau ou d'une mare, avec 6,2 espèces d'arbres par placette, contre 4,9 ailleurs. 500 000 ha relèvent d'habitats humides d'intérêt communautaire (forêts alluviales, tourbières boisées).
  • La forêt protège l'eau potable. Près de 445 000 ha de forêt sont situés dans des périmètres de protection de captage, dont le taux de boisement (43 %) dépasse largement la moyenne nationale.

Régénération : 92 milliards de jeunes arbres et la pression du gibier

Depuis 2023, l'inventaire relève aussi les jeunes arbres de plus de 50 cm de haut et de moins de 7,5 cm de diamètre. La forêt en compte 92 milliards, en plus des 11,5 milliards d'arbres recensables. 97 % des placettes ne portent que de la régénération naturelle. Les plantations et semis concernent 180 000 ha purement artificiels et 390 000 ha mixtes, en grande partie en Nouvelle-Aquitaine.

Les grands ongulés (cerf, chevreuil, daim, chamois, mouflon) laissent des traces d'abroutissement, de frottis ou d'écorçage sur 15 % des jeunes tiges en moyenne. Le charme est l'essence la plus abroutie (21 % des brins), le pin maritime la plus frottée (9 %). Ce taux moyen cache des situations locales très dures : dans presque tous les départements, certaines placettes dépassent 50 % de brins touchés. Les protections contre le gibier couvrent 270 000 ha, aux trois quarts sous forme de gaines individuelles. C'est le sujet de notre article sur l'équilibre forêt-gibier.

Biodiversité : peuplements purs et mélangés

Une placette d'inventaire (2 000 m²) compte en moyenne 5,1 espèces d'arbres, un chiffre stable sur dix ans. Il varie de moins de 2 dans les Landes de Gascogne à 7 sur les plateaux calcaires du Nord-Est et le premier plateau du Jura.

Un peu moins de la moitié de la forêt est constituée de peuplements purs : 4,6 millions d'hectares dominés par un feuillu, 2,6 millions par un conifère. Les mélanges couvrent les 8,5 millions d'hectares restants, surtout entre feuillus. L'IGN note que la mortalité augmente aussi bien dans les peuplements purs que dans les mélanges : le mélange d'essences répartit le risque, il ne l'efface pas.

Ce que l'inventaire forestier 2026 change pour un propriétaire

Les moyennes nationales ne décrivent pas votre forêt, mais elles donnent des repères pour la situer et des priorités pour la gérer.

  1. Situez votre parcelle par rapport aux moyennes. Avec 174 m³/ha de volume sur pied, 687 tiges/ha et 5,3 m³/ha/an de production en moyenne nationale, vous pouvez savoir si votre peuplement est sous-capitalisé, dans la norme ou surcapitalisé. Il faut pour cela vos propres mesures, avec la même convention (bois fort tige, arbres de plus de 7,5 cm). Notre méthode pour compter les tiges à l'hectare s'applique directement.
  2. Surveillez en priorité les essences à bilan négatif. Épicéa, frêne, châtaignier, et désormais hêtre et gros chênes pédonculés sur stations sèches. Noter chaque année l'état du houppier (branches mortes, manque de ramifications) sur quelques arbres repérés suffit à détecter un dépérissement avant qu'il ne se transforme en coupe sanitaire subie.
  3. Ne comptez plus sur la qualité de la station. Le zoom sur l'eau montre que les forêts sur sols profonds ont subi la plus forte hausse de mortalité. Lors d'un renouvellement, le choix d'essence doit tenir compte du climat qui vient, pas seulement du sol actuel.
  4. Anticipez le marché du douglas et des bois de crise. La récolte d'épicéa est portée par les coupes sanitaires, et une partie des douglasaies arrive à maturité en même temps. Les prix et les débouchés de ces deux essences vont bouger.
  5. Documentez votre forêt. 57 % de la forêt privée n'a aucun document de gestion. Un inventaire terrain, même simple, avec essence, diamètre et état sanitaire des arbres géolocalisés, est la base de toute décision. Voir notre guide de l'inventaire forestier terrain.

Comment lire ces chiffres sans se tromper

  • Chaque chiffre a sa marge d'erreur. Le mémento publie des intervalles (par exemple 50,6 ± 2,8 Mm³/an pour la récolte). Une différence plus petite que la marge n'est pas une évolution démontrée, surtout à l'échelle régionale.
  • Les périodes glissent d'une édition à l'autre. Les flux de l'édition 2026 portent sur 2016-2024, ceux de l'édition 2025 sur 2015-2023. Comparer deux éditions successives revient surtout à ajouter une année et à en retirer une autre.
  • La mortalité mesurée est une mortalité « apparente ». Un arbre mort puis exploité entre deux visites est compté dans les prélèvements, pas dans la mortalité. Dans les massifs scolytés, la mortalité réelle est donc sous-estimée et la récolte surestimée d'autant.
  • Le volume IGN n'est pas un volume commercial. Le bois fort tige inclut toute la tige jusqu'à 7 cm de diamètre : sur un chêne branchu, il peut dépasser d'un tiers le volume de grume réellement vendable.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il de forêt en France en 2026 ?

Selon l'inventaire forestier national 2026, la forêt couvre 17,7 millions d'hectares en France hexagonale et en Corse (32 % du territoire), auxquels s'ajoutent 8,2 millions d'hectares dans les départements d'outre-mer, dont près de 8 millions en Guyane. Au total, la forêt française couvre donc près de 26 millions d'hectares.

La forêt française perd-elle du bois ?

Non à l'échelle nationale : le stock augmente encore de 20 millions de m³ par an. Mais cet excédent a diminué de moitié en dix ans, et dans plusieurs régions forestières du Nord-Est et du Jura, la mortalité et les coupes sanitaires dépassent désormais la croissance. Le stock y diminue.

Quelle essence meurt le plus en France ?

L'épicéa commun, avec 2,6 millions de m³ de mortalité par an sur 2016-2024, à cause des sécheresses et des scolytes. Il devance le châtaignier (1,8 Mm³/an) et le frêne (1,7 Mm³/an), touchés respectivement par l'encre, le chancre et la chalarose.

Où consulter les données de l'inventaire forestier ?

L'IGN met ses données en libre accès : DataIFN pour les données de placettes, Inventif pour les visualisations interactives (santé, flux, biodiversité), l'outil OCRE GP pour des analyses à façon et le service « Les forêts de mon territoire » de l'Observatoire des forêts françaises. Le mémento 2026 est consultable en ligne.

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Source : IGN, 2026. Mémento de l'inventaire forestier national, édition 2026. Chiffres et cartes © IGN 2026. Pour en savoir plus sur la cartographie de vos parcelles, retrouvez nos guides sur Sylvie Forêt.