La mortalité des arbres forestiers a doublé en France

0,50 puis 1,07 m³/ha/an. Ce que révèle la comparaison de deux périodes d'inventaire forestier.

Arbres morts sur pied en forêt — mortalité forestière

Deux campagnes d'inventaire forestier, dix ans d'écart, et un chiffre qui double. Entre la période 2005-2013 et la période 2015-2023, la mortalité des arbres mesurée par l'IGN est passée de 0,50 à 1,07 m³ par hectare et par an en moyenne sur les régions forestières françaises. Ce n'est pas une projection : ce sont deux relevés du même dispositif, comparés.

De combien la mortalité des arbres a-t-elle augmenté ?

La mortalité moyenne des 86 sylvoécorégions françaises est passée de 0,50 m³/ha/an sur 2005-2013 à 1,07 m³/ha/an sur 2015-2023, soit un doublement. Sur 86 régions forestières, 26 présentent une hausse statistiquement significative — les autres montrent une tendance à la hausse que les données ne permettent pas encore de confirmer.

Cette moyenne est calculée sur les régions forestières, pas pondérée par leur surface. Elle donne un ordre de grandeur solide, pas un total national.

Le Jura, épicentre de la surmortalité

Le massif jurassien concentre les deux plus fortes hausses du pays, et ce sont deux des 26 hausses confirmées statistiquement :

Région forestière2005-20132015-2023Significatif
Deuxième plateau et Haut-Jura0,402,50oui
Premier plateau du Jura0,402,40oui
Sundgau alsacien et belfortain0,202,30non
Alpes externes du Nord0,702,30non
Marches du Massif central0,702,20oui
Beauce0,302,00non
Plaine d'Alsace0,402,00non
Boischaut et Champagne berrichonne0,402,00oui
Massif vosgien central0,401,80oui
Ardenne primaire0,101,70non
Mortalité en m³/ha/an. Source : IGN, inventaire forestier national.

Sur le Haut-Jura, la mortalité a été multipliée par six. C'est cohérent avec ce que montrent les relevés de dégâts de scolytes, qui persistent sur le massif jurassien alors qu'ils refluent en plaine.

Les régions où la mortalité recule

Le contre-exemple mérite d'être posé, parce qu'il contredit l'idée d'une dégradation uniforme. Plusieurs régions méditerranéennes et atlantiques enregistrent une baisse de la mortalité entre les deux périodes :

  • Roussillon : de 0,70 à 0,20 m³/ha/an. La plus forte baisse du pays.
  • Alpes intermédiaires du Sud : de 1,30 à 0,60 m³/ha/an, en partant du niveau le plus élevé de la première période.
  • Corbières : de 0,40 à 0,10 m³/ha/an.
  • Dunes atlantiques : de 0,60 à 0,30 m³/ha/an.

Aucune de ces baisses n'est statistiquement significative. Mais leur convergence géographique interdit de résumer la situation française à « les forêts meurent ». Ce sont les forêts tempérées de plaine et de moyenne montagne qui décrochent, pas les peuplements méditerranéens déjà adaptés à la contrainte hydrique.

Pourquoi 26 régions seulement sont « significatives »

L'inventaire forestier ne compte pas tous les arbres de France. Il échantillonne des placettes, et chaque mesure porte un intervalle de confiance. Quand l'IGN indique qu'une évolution est significative, cela veut dire que l'écart entre les deux périodes dépasse la marge d'incertitude — la hausse est réelle, pas un artefact d'échantillonnage.

Les 60 régions restantes ne sont pas des régions stables. Ce sont des régions où la hausse observée reste dans la marge d'erreur, souvent parce que la surface forestière échantillonnée y est plus faible. C'est une nuance qui a son importance : « la mortalité augmente dans 26 régions sur 86 » est exact, « elle augmente partout » ne l'est pas.

Ce que la mortalité en volume ne dit pas

L'indicateur s'exprime en mètres cubes par hectare et par an, pas en nombre de tiges. La différence est loin d'être technique : un gros bois qui meurt pèse dans le volume ce que pèsent dix perches. Une région dont la mortalité en volume explose peut avoir perdu peu d'arbres, mais des arbres de grande dimension — donc le capital sur pied le plus précieux.

Pour un propriétaire, c'est plutôt une mauvaise nouvelle : la mortalité frappe préférentiellement les arbres qui portent la valeur du peuplement. Estimer ce qui reste debout suppose de reprendre le cubage plutôt que de se fier au comptage de tiges.

Repérer la surmortalité sur sa propre parcelle

Une moyenne régionale ne dit rien d'une parcelle en particulier. Le seul moyen de savoir si votre peuplement décroche, c'est de disposer d'un point de comparaison dans le temps — et c'est précisément ce qui manque à la plupart des propriétaires.

  1. Noter les arbres morts sur pied, pas seulement les chablis. Le bois mort debout est le meilleur indicateur d'un dépérissement en cours, alors que le chablis relève souvent d'un accident ponctuel.
  2. Enregistrer la position, pas seulement le nombre. Une mortalité diffuse et une mortalité en foyer n'ont pas la même cause ni la même conduite à tenir.
  3. Répéter le relevé au même moment de l'année. Le dispositif national doit sa robustesse à ça : mêmes arbres, même période, chaque année. La même discipline appliquée à une parcelle donne un diagnostic exploitable en trois ou quatre passages.

C'est ce travail de relevé répété qui transforme une impression en constat, et un constat en décision — révision du document de gestion, coupe sanitaire, ou demande d'aide à la reconstitution. Les méthodes d'inventaire terrain classiques s'y prêtent directement : il suffit d'y ajouter l'état sanitaire comme variable relevée.

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Sources : IGN, inventaire forestier national — répartition de la mortalité par sylvoécorégion, millésime 2025. Données publiées par l'Observatoire des forêts françaises.