Scolytes : la crise est-elle terminée ?

Pic en 2019, effondrement depuis. 2025 est l'année la plus basse de la série. Les chiffres.

Épicéas roux détruits par les scolytes — crise du typographe

On parle encore de la crise des scolytes au présent. Les surfaces de dégâts détectées depuis 2017 racontent autre chose : le pic est passé en 2019, et 2025 est l'année la plus basse de toute la série.

Voici les chiffres, et ce qu'il faut en conclure quand on possède des épicéas.

Où en sont les dégâts de scolytes en 2025 ?

Les surfaces annuelles de dégâts détectées dans le quart nord-est de la France ont culminé en 2019, puis reculé de façon continue à partir de 2021. Le niveau de 2025 est le plus faible depuis le début de la série en 2017, soit une baisse de l'ordre de 80 % par rapport au pic.

Une précision indispensable avant d'aller plus loin : cette étude ne couvre pas la France entière. Elle porte sur le Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté et trois départements alpins — Ain, Savoie, Haute-Savoie — soit 21 départements et 4 675 communes. C'est la zone où la crise a frappé, mais ce n'est pas le territoire national.

La courbe complète, 2017-2025

La dynamique est nette et se lit en trois temps.

  • 2017-2018, l'amorçage. Les premiers signaux apparaissent après la sécheresse de 2018, encore modestes.
  • 2019-2020, le pic. Les deux années concentrent à elles seules près de la moitié du cumul de la période. C'est le moment où la crise devient visible pour tout le monde.
  • 2021-2025, le reflux. Les surfaces annuelles retombent d'un facteur important dès 2021, puis se stabilisent à un niveau bas avant de reculer encore en 2025.

Au total, l'étude recense des dégâts sur 4 167 communes, soit 89 % des communes de la zone étudiée. La crise a été géographiquement massive — mais elle appartient largement au passé sur la majeure partie de l'emprise.

Pourquoi la crise reflue

Deux mécanismes se combinent, et le second est moins réjouissant que le premier.

Le retour d'une pluviométrie plus favorable a restauré la capacité de défense des épicéas. Un arbre correctement alimenté en eau produit assez de résine pour noyer les premiers insectes qui tentent de percer son écorce. C'est la défense principale de l'espèce, et elle dépend directement de l'état hydrique.

L'épuisement du matériel sensible joue tout autant. Dans les secteurs les plus touchés, les épicéas les plus vulnérables — ceux installés hors de leur station optimale, en basse altitude et sur sols superficiels — sont déjà morts. Il reste moins de bois à attaquer. Une partie du reflux mesuré traduit donc une disparition du support, pas une guérison.

Cette nuance compte pour l'interprétation : le recul des surfaces ne signifie pas que les peuplements restants sont hors de danger.

Là où ça continue

Le reflux est net en plaine, beaucoup moins sur les massifs. Le Jura et les Ardennes restent actifs, et cela recoupe précisément ce que montre l'inventaire forestier sur la mortalité : le Haut-Jura est la région forestière française où la mortalité a le plus augmenté, passant de 0,40 à 2,50 m³ par hectare et par an entre 2005-2013 et 2015-2023.

Deux dispositifs indépendants, deux méthodes différentes, la même conclusion géographique. C'est ce qui rend le diagnostic solide sur ce point précis.

Comment ces surfaces sont mesurées

Les chiffres proviennent de la méthode FORDEAD, développée par l'INRAE. Elle repose sur l'imagerie satellite Sentinel-2 : le traitement détecte des anomalies de réflectance de la végétation résineuse, année après année, et les rapporte à la commune.

Trois limites à garder en tête :

  1. C'est une détection d'anomalie, pas un comptage d'arbres. La méthode identifie des surfaces où le couvert résineux a décroché, sans distinguer formellement la cause.
  2. Elle ne voit que les résineux, et essentiellement l'épicéa. Un dépérissement de hêtre sur la même commune n'apparaît pas.
  3. Elle n'est pas comparable au protocole DEPERIS, qui repose sur une notation de terrain. Les deux séries mesurent des choses différentes et ne se superposent pas.

Ce que ça change pour un propriétaire d'épicéa

Le reflux de la crise ouvre une fenêtre, et elle appelle trois décisions.

Sur le marché du bois, la pression des coupes sanitaires massives s'est desserrée. Les volumes contraints qui ont pesé sur les cours de l'épicéa entre 2019 et 2021 ne sont plus là. Pour qui envisage une vente de coupe, le contexte n'a plus rien à voir avec celui du pic.

Sur la reconstitution, la question n'est plus « quand replanter » mais « replanter quoi ». Remettre de l'épicéa pur sur une station qui vient de démontrer qu'elle ne lui convient plus revient à programmer la crise suivante. La cartographie des zones à reboiser est le point de départ concret de cet arbitrage.

Sur la conduite des peuplements restants, l'accalmie est le bon moment pour engager une transformation progressive. Les approches de sylviculture à couvert continu permettent d'introduire de la diversité sans passer par la coupe rase, ce qui est difficile à mener en pleine urgence sanitaire.

🌲
Suivez l'évolution de vos foyers de scolytes d'une année sur l'autre — Cartes IGN officielles hors ligne, GPS précis, annotations terrain. iOS et Android, gratuit, sans compte. Télécharger Sylvie Forêt →

Sources : INRAE, cartographie des dégâts de scolytes par la méthode FORDEAD (Sentinel-2), 2017-2025, licence Etalab 2.0 ; IGN, inventaire forestier national. Données publiées par l'Observatoire des forêts françaises.