Où les forêts françaises sont-elles les plus dégradées ?
De 0 à 21 % d'arbres altérés selon les régions forestières. La carte du dépérissement français.
Le dépérissement forestier ne frappe pas partout de la même façon. D'une région forestière à l'autre, la part d'arbres altérés va de 0 à 21 %. Autrement dit : dans certaines zones, un arbre sur cinq présente une atteinte visible du houppier ; dans d'autres, pratiquement aucun.
Quel est le taux d'arbres altérés en France ?
Sur la période 2021-2024, la médiane des 86 sylvoécorégions françaises s'établit à 7 % d'arbres altérés, selon le protocole DEPERIS appliqué par l'IGN et l'INRAE. L'échelle complète s'étend de 0 % à 21 %, ce qui représente un rapport de un à vingt entre les régions les plus épargnées et les plus touchées.
Un arbre est dit « altéré » lorsqu'il présente un déficit foliaire marqué ou une mortalité de branches significative dans son houppier. Ce n'est pas un arbre mort : c'est un arbre dont l'état signale une difficulté en cours.
Quelles régions forestières sont les plus atteintes ?
| Région forestière | Arbres altérés |
|---|---|
| Plaines et dépressions argileuses du Nord-Est | 21 % |
| Maures et Esterel | 21 % |
| Argonne | 21 % |
| Plaine d'Alsace | 20 % |
| Massif vosgien central | 18 % |
| Beauce | 17 % |
| Roussillon | 16 % |
| Plateaux calcaires du Nord-Est | 16 % |
Le quart nord-est domine nettement le classement : quatre des cinq premières positions. C'est cohérent avec ce qu'on observe par ailleurs sur la mortalité et sur les dégâts de scolytes, qui touchent les mêmes territoires.
Quelles régions sont épargnées ?
À l'autre extrémité, quatre régions restent sous le seuil de 3 % :
- Marais littoraux : 0 %. Le seul territoire où le protocole ne relève aucune altération notable, ce qui s'explique par une disponibilité en eau qui ne fait jamais défaut.
- Secteurs niçois et préligure : 1 %. Des peuplements méditerranéens installés de longue date sur des contraintes hydriques fortes, donc peu sensibles à leur aggravation.
- Corse occidentale et campagne de Caen et pays d'Auge : 3 % chacune, pour des raisons opposées — insularité montagnarde d'un côté, climat océanique tempéré de l'autre.
Pourquoi 21 % ne veut pas dire la même chose partout
C'est le piège de ce classement, et il faut le poser clairement. Les plaines du Nord-Est et le massif des Maures affichent le même chiffre, mais rien d'autre ne les rapproche.
Dans le Nord-Est, l'altération résulte d'un enchaînement sécheresse puis attaque de ravageurs sur des peuplements — épicéas, hêtres — installés dans des conditions qui ne leur conviennent plus. C'est une dégradation récente, qui a une date de début.
Dans les Maures, on est sur des peuplements méditerranéens soumis à un régime d'incendie et de contrainte hydrique structurel. Le chiffre traduit un état chronique, pas un décrochage. Les enjeux de prévention incendie y pèsent davantage que la question sanitaire au sens strict.
Un même pourcentage, deux problèmes différents, deux conduites à tenir différentes.
Qu'est-ce qu'une sylvoécorégion ?
La sylvoécorégion est la maille de référence de l'inventaire forestier français. Le territoire métropolitain en compte 86, découpées selon des critères écologiques — climat, sol, relief, végétation — et non selon les limites administratives.
Cela a une conséquence pratique : votre département peut relever de plusieurs sylvoécorégions, avec des situations sanitaires très contrastées. Un propriétaire vosgien n'est pas dans la même région forestière selon qu'il se trouve sur le massif ou sur le piémont. Chercher son département dans le classement n'a donc pas de sens ; il faut identifier sa région forestière.
Situer sa forêt sur la carte
Trois étapes pour passer du chiffre national à sa propre situation :
- Identifier sa sylvoécorégion. Elle se lit sur les cartes de l'inventaire forestier national, et elle figure généralement dans les documents de gestion.
- Comparer son peuplement au profil régional. Une région à 5 % où votre parcelle décroche visiblement signale un problème local — station inadaptée, tassement, ravageur ponctuel — et non une tendance de fond.
- Relever et dater. Le taux régional est une moyenne sur quatre ans. La seule façon de savoir si votre parcelle suit, devance ou résiste, c'est de disposer de vos propres relevés dans le temps.
Ce dernier point est le plus souvent négligé. Un relevé cartographié du peuplement qui note l'état sanitaire en même temps que l'essence et le diamètre coûte à peine plus de temps qu'un inventaire classique, et il devient exploitable dès le deuxième passage.
Source : IGN et INRAE, protocole DEPERIS, taux d'arbres forestiers altérés par sylvoécorégion, période 2021-2024. Données publiées par l'Observatoire des forêts françaises.