Surface terrière et capital sur pied : piloter sa futaie irrégulière
Surface terrière : mesurer et suivre le capital sur pied de sa futaie irrégulière, avec les fourchettes de référence par essence.
En futaie irrégulière, on ne raisonne plus en âge ni en nombre de tiges, mais en capital sur pied. Et la grandeur qui mesure ce capital tient en deux mots : surface terrière. Savoir la mesurer et la suivre, c'est tenir le tableau de bord de sa forêt.
Qu'est-ce que la surface terrière ?
La surface terrière est la somme des sections des troncs d'un peuplement, mesurées à 1,30 m de hauteur, ramenée à l'hectare. Elle s'exprime en m² par hectare (m²/ha). Un arbre de 40 cm de diamètre occupe environ 0,13 m² de section ; additionnez tous les arbres d'un hectare et vous obtenez la surface terrière du peuplement.
On la préfère au volume en futaie irrégulière car elle donne une meilleure image de la densité et du couvert : elle dit, d'un seul chiffre, à quel point la parcelle est « pleine » et combien de lumière atteint le sol.
Quelle surface terrière viser en futaie irrégulière ?
Il n'existe pas de valeur idéale unique : la cible dépend de l'essence, de la fertilité de la station et de la proportion de gros bois. Les fourchettes ci-dessous, observées par des forestiers de terrain (Pro Silva, AFI), servent de repères indicatifs.
| Essence | Surface terrière indicative (m²/ha) |
|---|---|
| Chêne | ≈ 12 à 18 |
| Hêtre et autres feuillus | ≈ 14 à 20 |
| Pin sylvestre, mélèze | ≈ 20 à 28 |
| Sapin, épicéa et autres résineux | ≈ 25 à 32 |
| Douglas | ≈ 28 à 36 |
Un capital trop élevé bride la croissance et bloque la régénération ; un capital trop faible dégrade la qualité des troncs et laisse exploser la végétation concurrente. L'objectif est de revenir, à chaque passage, dans la bonne fourchette.
Comment mesurer la surface terrière sur le terrain ?
La méthode la plus rapide est la mesure optique au relascope (ou à la jauge d'angle) : on pivote sur place à 360° et on compte les arbres qui « débordent » de la jauge ; le résultat donne directement la surface terrière. Une seule mesure ne suffit pas — il faut plusieurs points répartis au hasard dans la parcelle :
| Surface de la parcelle | Points (peuplement uniforme) | Points (non uniforme) |
|---|---|---|
| 0,5 à 2 ha | 6 | 8 |
| 2 à 10 ha | 8 | 12 |
| Plus de 10 ha | 10 | 16 |
Pour aller plus loin sur les comptages de terrain, voir évaluer la densité de tiges par hectare et l’inventaire forestier de terrain.
Capitaliser ou décapitaliser ?
Connaissant la surface terrière actuelle et la cible, le calcul du prélèvement devient simple. Si le capital est trop faible, on prélève moins que l'accroissement (phase de capitalisation) ; s'il est trop élevé, un peu plus (décapitalisation). C'est ce raisonnement qui fixe le taux de chaque coupe jardinatoire.
Suivre son capital dans le temps
La surface terrière n'a de valeur que comparée : un chiffre seul ne dit rien, c'est son évolution d'un passage à l'autre qui pilote la gestion. Or les passages sont espacés de 6 à 12 ans — bien trop pour s'en remettre à la mémoire ou à des points de mesure improvisés.
D'où l'intérêt de placettes géolocalisées et rejouables. Avec Sylvie Forêt, vous posez vos points d'inventaire sur la carte IGN, vous y rattachez vos mesures, et vous les retrouvez exactement au passage suivant pour comparer. L'historique ne se perd plus entre deux éclaircies. La surface terrière n'est d'ailleurs qu'un des piliers de la sylviculture à couvert continu.