Dégâts de gibier en forêt : constater, cartographier et agir

Abroutissement, écorçage, frottis : comment constater les dégâts de gibier en forêt, les cartographier et engager les démarches d'indemnisation.

Dégâts d'écorçage par cerf sur tronc en forêt

Un jeune reboisement dévasté par les cervidés, des écorces arrachées sur une plantation de douglas, des semis naturels broutés systématiquement : les dégâts de gibier coûtent chaque année des dizaines de millions d'euros à la filière forestière française. Pourtant, beaucoup de propriétaires ne déclarent pas — faute de savoir comment constater, documenter et localiser les dommages.

Quels types de dégâts de gibier en forêt

Les cervidés (cerf, chevreuil) et le sanglier causent des dommages de nature très différente :

  • Abroutissement — le chevreuil et le cerf broutent les bourgeons terminaux et latéraux des jeunes plants. Un abroutissement répété sur 3 ans tue le plant ou le déforme définitivement. Les essences les plus touchées : chêne, hêtre, sapin, douglas en phase juvénile (0-2 m de hauteur).
  • Écorçage — le cerf arrache l'écorce des tiges de 10 à 30 cm de diamètre, provoquant des nécroses et des entrées de champignons. L'épicéa et le douglas sont particulièrement vulnérables. Un peuplement écorcé à plus de 30 % est économiquement condamné.
  • Frottis — le cerf et le chevreuil frottent leurs bois sur les jeunes tiges pour marquer leur territoire et retirer le velours. Les dégâts sont mécaniques : écorce arrachée, tige cassée ou déformée.
  • Fouilles de sanglier — le sanglier retourne le sol forestier à la recherche de racines, glands et vers. Les semis naturels et les jeunes plants sont déracinés. Sur les zones de reboisement, ces fouilles peuvent anéantir une plantation entière.

En France, l'indice de pression d'abroutissement dépasse 20 % dans un tiers des départements (IGN, indicateurs forestiers 2024). Au-delà de 15 % d'abroutissement, le renouvellement naturel de la forêt est compromis.

Comment constater les dégâts sur le terrain

Un constat de dégâts de gibier doit être systématique et géolocalisé pour avoir une valeur probante :

  1. Identifier le type de dégât — abroutissement (bourgeon coupé net à 45°, contrairement à un gel qui brunît), écorçage (lanières d'écorce au sol, traces de dents parallèles), frottis (écorce arrachée en hauteur avec des copeaux de bois), fouille (sol retourné en surface).
  2. Évaluer l'intensité — comptez le pourcentage de plants touchés sur un échantillon représentatif (placette de 10 × 10 m). Un inventaire forestier terrain avec notation de l'abroutissement systématise ce relevé.
  3. Localiser précisément la zone touchée — marquez les limites de la zone de dégâts avec des points GPS. Sur une parcelle de 5 hectares, les dégâts se concentrent souvent sur 20 % de la surface (lisières, proximité des remises). Identifier ces zones chaudes est essentiel pour cartographier le peuplement et planifier la protection.
  4. Photographier les dégâts — prenez des photos datées avec un repère d'échelle (règle, main). Associez chaque photo à un point GPS pour constituer un dossier solide.

Cartographier les dégâts pour mieux les gérer

Un relevé ponctuel ne suffit pas : c'est la cartographie dans le temps qui révèle les tendances. En superposant les relevés de dégâts sur la carte de vos parcelles forestières, vous identifiez :

  • Les zones de concentration — souvent liées à la proximité d'une remise (zone de repos diurne des cervidés) ou d'un axe de passage
  • L'évolution dans le temps — des dégâts qui s'aggravent d'année en année signalent une population de gibier en hausse ou une pression de chasse insuffisante
  • Les parcelles prioritaires à protéger — celles qui cumulent forte valeur sylvicole et forte pression de gibier

Cette cartographie est un outil de dialogue avec la fédération de chasse et la DDT. Elle objectivise le débat, souvent passionné, entre forestiers et chasseurs.

Indemnisation : quelles démarches

Pour les dégâts agricoles (cultures, prairies), les fédérations de chasse indemnisent via un barème départemental. Pour les dégâts forestiers, la situation est plus complexe : il n'existe pas de mécanisme d'indemnisation automatique. Le propriétaire forestier peut :

  • Signaler les dégâts à la DDT — pour alimenter les indicateurs départementaux et peser sur les plans de chasse
  • Demander une battue administrative — si les dégâts sont graves et localisés, le préfet peut ordonner une opération de régulation
  • Solliciter des aides à la protection — certaines aides départementales ou régionales financent la pose de protections individuelles (gaines, grillages) sur les reboisements
  • Engager un recours auprès du détenteur du droit de chasse — si la société de chasse locale ne remplit pas ses obligations de régulation

Prévention : protéger les parcelles sensibles

La prévention combine protection physique et pression de chasse adaptée. Les outils de protection les plus courants sont les gaines individuelles (1-2 € par plant), les grillages de parcelle (8-12 €/m linéaire) et les répulsifs chimiques (efficacité limitée à 3-6 mois). Le choix dépend de la surface à protéger et de l'essence : un reboisement de chênes sur 2 hectares justifie un grillage ; 50 plants isolés en enrichissement se protègent avec des gaines.

Quel outil pour le suivi des dégâts

Le suivi des dégâts de gibier nécessite de cumuler des relevés géolocalisés sur plusieurs années. Sylvie Forêt permet de marquer les zones de dégâts directement sur les cartes IGN hors ligne, d'annoter chaque point (type, intensité, date) et de constituer un historique exploitable pour les démarches administratives.

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